Chapitre 9

Le transfert du nom Montbrun
à la famille du Puy-Melgueil

Pourquoi introduit-on maintenant cette famille, la troisième dont on va parler ? Réponse : pour une raison étonnante, vraiment étonnante. Il lui a été demandé de pérenniser le nom Montbrun.
Peu croyable ?
L’affaire ne manque pas d’être étrange. Elle nous donne la raison qu’a eue la famille du colonel d’ajouter à son nom qui était du Puy un « Montbrun » et s’appeler finalement du Puy-Montbrun. Une affaire combattue de façon malveillante dans des articles de Wikipédia pour nuire de fait au colonel du Puy-Montbrun et à sa famille. 

Qu’est-ce donc que la famille du Puy-Melgueil ?

La famille du Puy-Melgueil1 est une branche de la famille des du Puy en Albigeois dont l’autre branche connue à ce jour – on n’en connaît que deux – est celle dont est issu le colonel du Puy-Montbrun. Elle a tardivement ajouté Melgueil à son nom du Puy, un changement de nom autorisé par une ordonnance2 du Roi Charles X.

Mais avant d’en parler on présente tout de suite son lien – il y en a ! – avec le dernier représentant des du Puy du Dauphiné, Raymond-Louis-Désiré du Puy (ou du Puy-Rochefort) qui a tant voulu se faire appeler du Puy-Montbrun ainsi qu’on l’a montré. C’est lui qui, sans succession mâle, va demander à cette famille du Puy d’ajouter à son nom le Montbrun auquel il tenait tant. Pour qu’il ne soit pas perdu ! 

On étudiera ensuite cette famille plus à fond. Elle présente un intérêt pour l’historien. Déchue de sa noblesse féodale lors des Recherches de Noblesse par ce qu’elle était protestante à l’évidence, elle s’est vue confirmer cette noblesse par le Roi Louis XVI. Une probable conséquence – nous le formulons comme une hypothèse – de son Édit de Tolérance qui réhabilite les Réformés.

Quel rapport a la famille du Puy-Melgueil avec la branche des du Puy du Dauphiné seigneurs de Rochefort dont le dernier représentant s’est indûment fait appeler du Puy-Montbrun ?

Les informations dont nous disposons montrent que Raymond-Louis-Désiré du Puy-Rochefort3 connaissait le dernier membre de la famille du Puy-Melgueil (du Puy depuis le XIIe siècle) appelé le comte (ou le vicomte selon les sources) du Puy-Melgueil.

Raymond-Louis-Désiré du Puy estimait sa famille au point de penser que celle-ci avait avec la sienne une origine commune. Au XIIe voire au XIe siècle ? Diable ! ce n’est pas rien. Cette origine commune reste encore discutée de nos jours par des généalogistes tels Saint Simon et Seréville dans l’édition4 de leur Dictionnaire de la Noblesse publiée en 1972. On ne peut donc la traiter d’un revers de main.

Chez d’autres, tel Adolphe de Coston qu’il faut lire avec précaution5, on voit évoquer l’ancienneté commune des deux familles6. On est en 1878 et il a pris en compte le transfert que l’on montre plus loin du « Montbrun » à la famille du Puy-Melgueil.
Il parle ainsi de la famille « du Puy-Montbrun de Melgueil du Languedoc » [de l’Albigeois en Languedoc NDLR] dont la noblesse est au moins aussi ancienne que celle des du Puy [du Dauphiné NDLR].

Mais il y a des généalogistes pour aller plus loin dans le rapprochement.

Alexandre du Mège présente le rapport entre les deux familles comme celui d’une descendance commune. On lit7 en effet que « cette descendance commune a été reconnue par les chefs des deux branches de du Puy-Melgueil et de du Puy-Montbrun dont les pères avaient fait les preuves exigées à la cour, et étaient montés dans les carrosses du Roi ».

Il s’appuie sur « de nouvelles recherches et de nouvelles preuves » et l’hypothèse de l’absence de rapport généalogique entre les deux familles ne lui « paraît pas soutenable ».

Borel d’Hauterive en convient aussi en disant8 que l’« on pourrait cependant conclure des traditions et des preuves de M le Comte du Puy-Melgueil que l’ancienne maison qu’il représente a une origine commune avec les du Puy Dauphinois ».

Magny encore dit de même9 :
« On pourrait cependant conclure des traditions et des preuves de M le comte du Puy-Melgueil, chevalier de Malte, que l’ancienne maison qu’il représente a une origine commune dès le temps de croisades avec les du Puy, Dauphinois ».

Enfin, comme nous l’avons dit, en parlant cette fois de la branche dont est issu le colonel du Puy-Montbrun, Saint-Simon et Seréville écrivent10 en 1972 :
« Il est bien possible qu’une ligne détachée de cette maison [celle du Colonel du Puy-Montbrun NDLR ] vers 1247, se soit établie en Dauphiné et ait formé les Puy-Montbrun [de la branche des du Puy du Dauphiné].

Ainsi, la descendance commune des deux familles du Puy de l’Albigeois et du Dauphiné sans être aucunement assurée est largement envisagée par de nombreux généalogistes. 

Que s’est-il passé entre les derniers représentants des deux familles qui a conduit au transfert du nom « Montbrun » ?

Raymond-Louis-Désiré du Puy se sait sans descendance mâle. Que va devenir le nom du Puy-Montbrun qu’il a imposé ? 

Magny, fervent partisan de Raymond-Louis-Désiré comme le montrent ses écrits redoute11 le pire :

« Il est à craindre que nous ne voyions disparaître le beau nom dauphinois de du Puy-Montbrun dans l’abîme du temps, qui en a déjà dévoré tant d’autres ».

Le pire n’est jamais sûr ! Voilà qu’intervient une décision peu croyable de Raymond-Louis- Désiré.
Le généalogiste, Alexandre Du Mège dans l’Histoire de Languedoc, tome Dixième nous en informe12 :

On lit13 :

« Plus tard en considération de la communauté d’origine des deux branches [les du Puy Dauphiné et de l’Albigeois NDLR] et en souvenir de l’amitié qui a toujours existé entre elles, M le marquis du Puy-Montbrun-Rochefort, [Raymond-Louis-Désiré du Puy-Rochefort NDLR] chevalier de la Légion-d’Honneur, consentit par acte, passé à Montélimar le 31 janvier 1828, devant le notaire Capus, à ce que la branche mâle du Puy-Melgueil joignit le nom de Montbrun au sien [Raymond Louis Désiré s’étant fait appeler du Puy-Montbrun NDLR] ; et cette adjonction a été depuis établie pas des actes.

Peu croyable, mais vrai

Cette décision qui reste étonnante est publiée en 1846 par Alexandre du Mège alors que Raymond-Louis-Désiré (1783- 1871) a 63 ans et a passé son temps à se rapprocher des généalogistes pour faire connaître ses droits. On peut donc tenir pour certain que l’information que donne Alexandre du Mège, il l’a lue à l’évidence. Et elle a évidemment reçu son aval. Plus probablement même c’est lui qui a dû souhaiter qu’elle soit éditée. Il demande à la branche mâle de la famille du Puy-Melgueil de joindre le nom de Montbrun au sien. Une branche mâle est celle qui poursuit la lignée d’une famille jusqu’à son extinction. Il ne savait pas que le receveur du nom allait s’éteindre sans descendance et qu’il serait donc repris par une autre branche de la famille, ce que nous verrons plus tard.

conclusion

Nous savons pourquoi le nom migre une deuxième fois. D’une façon qui n’est pas strictement légale certes, mais moins illégale qu’il en a été de l’appropriation par Jacques du Puy du nom du Puy-Montbrun.
Là, au moins, y a-t-il eu un acte passé chez un notaire14.

On retient que Raymond-Louis-Désiré du Puy-Montbrun a montré envers la famille du Puy-Melgueil un comportement surprenant en lui confiant un nom… qui n’était pas le sien.

Et que cette famille a montré un comportement plus étonnant encore en l’acceptant.

On va maintenant examiner les sources, nombreuses, qui nous informent sur la famille du Puy-Melgueil.

chapitre 8

Rochier ou Rocher
Une usurpation de haute volée

chapitre 10

La famille du Puy-Melgueil

notes

  1. 1 | Cette famille est présentée de façon détaillée dans le chapitre suivant.
  2. 2 | Voir le Bulletin des Lois, 8e série, tome huitième, Imprimerie Royale, Paris, juillet 1828.
    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65288948/f436.image.
  3. 3 | Nous continuons à l’appeler du nom qu’il aurait dû porter, venu d’une famille du Puy et de sa branche Rochefort, ainsi qu’on l’a montré.
  4. 4 | F de Saint-Simon et E de Seréville, Dictionnaire de la Noblesse Française, Supplément, Éditions Contrepoint, Paris, 1977.
  5. 5 | La lecture d’Adolphe de Coston qui édite une Histoire de Montélimar en 1878 ne manque pas de faire apparaître des propos de complaisance à l’égard des personnes qui comptent dans cette ville. Il faut bien vendre.
    On verra plus loin comment il triche avec les termes d’un décret pour faire plaisir à un faux noble bien en cour (localement) puis qu’il est le Maire d’une ville proche.
  6. 6 | Voir : https://books.google.fr/books?id=cqdCAAAAYAAJ&pg=PA78&dq=%20Melgueil+noblesse+aussi&hl=fr&sa=X&ei=FsY3VfHhN4fgoAS1zoHYBA&ved=0CCAQ6AEwAA#v=onepage&q=Melgueil%20noblesse%20aussi&f=false.
  7. 7 | Alexandre Du Mège, Histoire de Languedoc, Tome Dixième.
    Voir page 905 en bas à gauche : https://books.google.fr/books?id=N5kOAAAAQAAJ&pg=PA905&lpg=PA905&dq=descendance+commune=onepage&q=descendance%20commune&f=false#v=snippet&q=descendance%20commune&f=false.
  8. 8 | Voir en dessous du milieu de la page : https://books.google.fr/books?id=bJhAAAAAcAAJ&pg=PA327&f=false#v=onepage&q&f=false.
  9. 9 | Voir : https://books.google.fr/books?id=mN8t87Ftk8QC&pg=PA378&dq=pourait+conclure+Puy-Melgueil&hl=fr&sa=X&ei=FsY3VfHhN4fgoAS1zoHYBA&ved=0CCAQ6AEwAA#v=onepage&q=pourait%20conclure%20Puy-Melgueil&f=false.
  10. 10 | F de Saint-Simon et E de Seréville, Dictionnaire de la Noblesse Française, Supplément, Éditions Contrepoint, Paris, 1977, page 315.
  11. 11 | Voir à la fin de la page 378 : https://books.google.fr/books?id=mN8t87Ftk8QC&pg=PA378&dq=gabrielle+du+Puy-Montbrun&hl=fr&sa=X&ei=FsY3VfHhN4fgoAS1zoHYBA&ved=0CCAQ6AEwAA#v=onepage&q=gabrielle%20du%20Puy-Montbrun&f=false.
  12. 12 | Voir la page 905 : https://books.google.fr/books?id=N5kOAAAAQAAJ&pg=PA905&lpg=false#v=onepage&q&f=false.
  13. 13 | Voir page 905 en haut à droite : https://books.google.fr/books?id=N5kOAAAAQAAJ&pg=PA905&lpg=PA905&dq=communaut%C3%A9+origine=onepage&q=communaut%C3%A9%20origine&f=false#v=snippet&q=communaut%C3%A9%20origine&f=false.
  14. 14 | L’acte ne figure pas dans les archives de Maître Capus, ce qui est une situation normale, pour surprenante qu'elle puisse paraître.
    En effet, aux termes de la loi du 25 ventôse an XI qui régit le notariat, les notaires « doivent garder minutes de tous les actes qu'ils reçoivent, sauf des certificats de vie, procurations, actes de notoriété, quittances de fermages, de loyers, de salaires, arrérages de pensions et rentes et autres actes simples qu'ils peuvent délivrer en brevets ».
    Les brevets comme les actes de faible importance et d’un coût moindre pour le client sont rédigés en un seul exemplaire, remis au client et ne sont donc pas appelés à prendre place au rang des minutes.
    Ils sont systématiquement signalés dans le répertoire annuel rédigé par le notaire. On en trouve bien mention du signalement au nom de Raymond-Louis-Désiré sous la forme « Dupuy Montbrun R Ls Mis montélimar » dans le minutier du notaire Jean Joseph Fleury Bith, successeur de Maître Capus coté 2 E 15807.