Chapitre 6

Jacques du Puy, quinzième génération des du Puy,
huitième génération des du Puy-Rochefort
devient Jacques du Puy-Montbrun

C’est dans les pièces manuscrites du dossier des Honneurs de Jacques du Puy d’abord conservées au Cabinet des Titres puis maintenant à la Bibliothèque Nationale1 que l’on voit comment Jacques du Puy va être présenté au Roi avec le titre de marquis du Puy-Montbrun.  

L’une de ces pièces présente son père Laurent du Puy, comme Chevalier seigneur de Rochefort. Et Jacques lui-même comme Jacques du Puy, titré (sic) Marquis du Puy-Montbrun, Chevalier, seigneur de Rochefort.

On le voit ci-dessous dans une pièce du dossier 3342, fonds Chérin 165, Bibliothèque Nationale, Paris, rue Richelieu :

Ainsi lit-on d’abord que Jacques du Puy s’appelle Jacques du Puy et pas Jacques du Puy-Montbrun ce qu’il faisait déjà croire en 1766 (La Chenaye Desbois, nous l’avons dit).

On lit ensuite le titre avec lequel il souhaite être admis :
C’est Monsieur le Marquis du Puy-Montbrun qui demande à avoir l’honneur de monter dans les carrosses de Sa Majesté.

On sait qu’il est bien monté dans les carrosses avec ce titre [Voir Annexe 6A].

Pour le montrer on choisit ici la Nomenclature Générale de Borel d’Hauterive, Annuaire de la Noblesse de France, 1849-1850 qui donne2 les personnes admises aux Honneurs de la Cour « avec les dates de présentation et les titres (sic) donnés aux impétrants ».

Un titre de courtoisie, agréé par le Roi

Si, comme on l’a vu précédemment, le vicomte de Marsay3 a montré l’indifférence du Roi aux titres ce qui permet à chacun de prendre celui qu’il souhaite, si « on se faisait nommer au Roi sous le titre qu’il convenait au récipiendaire de prendre » il n’en reste pas moins que le Roi s’est fait présenter le marquis du Puy-Montbrun et qu’il serait tout à fait inconvenant de refuser ce titre de courtoisie4 à Jacques du Puy tout autant que de prétendre qu’il s’agit de son nom qui aurait été agréé par le Roi. 

Incompétence avons nous dit

Ce qui ne laisse pas d’étonner aujourd’hui c’est la méconnaissance des pseudo-généalogistes d’internet sur ce sujet [Voir Annexe 6B] après tant d’ouvrages sur les Honneurs de la Cour comme celui du vicomte de Marsay que l’on vient de citer. 

On lit ainsi dans internet5 sous le pseudonyme Rocherpm :

Le propos : « appelé marquis du Puy-Montbrun par agrément du Roi » montre que ce pseudonyme Rocherpm n’a lu aucun de livres ni de Marsay ni, tout récemment, de Bluche pour écrire que le Roi donnait un agrément à un nom. 

D’ailleurs ce pseudonyme Rocherpm n’a-t-il dû que recopier Woelmont6
qui écrit :

La recopie sans valeur ajoutée par des intervenants qui se révèlent ainsi regrettablement incompétents est, comme il en est de ce pseudonyme Rocherpm, extrêmement fréquente dans certains articles de Wikipédia et de Généawiki. 
Nuançons toutefois notre propos. Il y a aussi beaucoup d’intervenants très compétents qui interviennent dans ces encyclopédies et donc beaucoup d’articles remarquables.

Puis vient le titre qui précède le nom…

L’incompétence de l’intervenant ci-dessus sert un objectif caché : accorder à Jacques du Puy le nom du Puy-Montbrun. Donc Marquis doit être un titre et du Puy-Montbrun un nom.

Que Jacques du Puy ait voulu faire de son titre un nom et se considérer comme le
« Marquis du Puy-Montbrun », c’est se moquer des usages de la noblesse.
C’est pourtant, c’est ce qu’il fait !
Il fait croire autour de lui, particulièrement aux généalogistes complaisants que Marquis est son titre et du Puy-Montbrun son nom.

Cela va bien dans la bonne société du moment (il a vu le Roi !…). Les généalogistes ignorant ou voulant ignorer la procédure des Honneurs de la Cour écriront donc que Marquis du Puy-Montbrun lui a été donné pour titre (Marquis) et nom (du Puy-Montbrun).

Le titre de marquis fait ainsi une grande valse comme on le montre ci-dessous hors de tout principe ou usage dans la noblesse et au mépris des successeurs de Jean-Alleman trop vite enterrés.

… le nom du Puy-Montbrun, que lui donnent beaucoup de généalogistes

Prenons à titre d’exemple particulièrement instructif le généalogiste Borel d’Hauterive.

Borel d’Hauterive dans sa Notice Historique sur la maison du Puy de Montbrun et de Rochefort7 dit d’abord de la façon la plus claire page8 329 que le titre Marquis du Puy-Montbrun de Jacques du Puy, XVe degré, est un titre et pas un nom, en mentionnant l’« autorisation du Roi ».

Jusque-là, très bien.C’est bien un titre et pas un nom et le Roi a autorisé le titre.
Jacques s’appelle bien Jacques du Puy.

L’auteur donne aussi au degré précédent, le XIVe, celui de Laurent II, le nom du Puy, seigneur de Rochefort.

Exact aussi.

Il donne incidemment à tous les degrés antérieurs, dont Joseph le XIIIe et Laurent le XIIe) le même nom du Puy.

Toujours exact.

Mais voilà la preuve de la prudence à manifester dans toute étude présentée par des généalogistes.

Borel d’Hauterive après avoir détaillé la famille des du Puy, seigneurs de Rochefort écrit après le degré XV, que l’on rappelle ci-dessous, que les enfants et les petits enfants de Jacques du Puy s’appellent du Puy-Montbrun :

Conclusion partielle et évidente

C’est complètement à tort que ce généalogiste soudainement et contrairement au nom du Puy qu’il a utilisé pour toute la lignée, s’est autorisé à appeler du Puy-Montbrun les personnes qui suivent Jacques du Puy, à savoir :
◊ Jeanne-Françoise Hippolyte
◊ Aglaé
◊ Raymond-Louis-Désiré
◊ Gabrielle
◊ Clotilde

Aucune demande acceptée de changement de nom n’existe évidemment.

Borel d’Hauterive s’est-il cru autorisé à interpréter l’agrément du Roi comme un changement de nom ?

Si c’était le cas, ce qui est difficile à croire de la part d’un généalogiste, toutes les études récentes sans parler des usages de la noblesse montrent qu’il a fait erreur. Il s’en garde bien dans sa liste des admis9 aux Honneurs de la Cour qui est classée, dit-il bien, par titres (et non par nom). On voit là le type de source que peuvent utiliser faussement les pseudonymes de Wikipédia et Généawiki en citant le nom écrit et en faisant croire au lecteur qu’il s’agit d’un nom.

Le nom de tous ces personnages, de par leur famille, de par l’histoire de leur noblesse très ancienne, reste sans contestation possible : du Puy.

Un nom toutefois qui peut être écrit du Puy-Rochefort. On observe en effet dans des familles du Puy (et d’autres certes) le souhait fréquent d’associer au nom du Puy un nom de terre pour se distinguer d’autres du Puy du même nom.
La seigneurie de Rochefort est dans cette famille depuis Eynier du Puy (environ 1400) et autorise d’évidence le du Puy-Rochefort.

Aussi peut-on conclure ici que Borel d’Hauterive, très proche de Louis-Raymond-Désiré du Puy ou du Puy-Rochefort ( le dernier degré de la famille) ce que ses écrits attestent, fait oeuvre de complaisance.
Et il n’y aura pas que lui.

Pour autant, les généalogies de complaisances ne suffisent pas à Jacques du Puy

On vient de voir qu’un généalogiste de renom, Borel d’Hauterive, écrit avec d’autres que du Puy-Montbrun est le nom du fis de Jacques du Puy. 

C’est fort bien pour lui mais Jacques du Puy ne se satisfait pas d’avoir été un menteur de grande qualité qui :
◊ a trompé Le Chenaye-Desbois en se parant du nom du Puy-Montbrun et en cachant l’existence des Montbrun émigrés, les disant faussement éteints en 1741 ;
◊ s’est magnifiquement servi de Louis-Nicolas-Hyacinthe Chérin pour faire oublier toutes les autres branches des du Puy du Dauphiné.

Il poursuit son chemin de faussaire avec son fils Raymond-Louis-Désiré pour obtenir enfin que le nom du Puy-Montbrun figure dans des actes dits authentiques.

Le lecteur ne découvrira pas – il le sait sûrement – que, si les noms ont été légalement fixés à la révolution française10, nombre d’actes des personnages quelque peu influents ont été écrits sous la dictée d’une part, tandis que d’autre part ces mêmes personnages ne portaient très souvent pas à l’écriture de son nom l’attention d’une formulation impérative telle qu’elle est connue de nos jours.

C’est là où Raymond-Louis-Désiré du Puy le fils de Jacques du Puy va faire merveille. il faut bien deux générations pour tromper l’administration.

chapitre 5

L’admission de Jacques du Puy aux Honneurs de la Cour
Une preuve tellement utile

chapitre 7

Raymond-Louis-Désiré du Puy-Montbrun
ou L’accaparement définitif du nom dans de faux actes authentiques et les méprises de pseudonymes ignorants

notes

  1. 1 | Bibliothèque Nationale, site Richelieu, Département des manuscrits, Fonds Chérin 165, dossier 3342.
    Ce dossier est aussi accessible par Accès Général aux familles du Puy du fonds Chérin :
    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b100810923.r=Chérin%20165?rk=64378;0.
    Les du Puy du Dauphiné, Général, dossier 3342 :
    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b100810923/f120.image.r=Chérin%20165
    Mémoire :
    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b100810923/f158.image.r=Chérin%20165
    Copie expédiée du mémoire :
    https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b100810923/f153.image.r=Chérin%20165.
  2. 2 | Voir note n°1.
  3. 3 | Vicomte de Marsay, op.cit. page 152.
  4. 4 | « Les titres non réguliers » (un titre « qu’aucun document ou précédent ne justifiait ») « ayant été portés à la cour sont dits "de courtoisie" »… « et sont courtoisement tolérés ». Voir par exemple le rappel de cette information dans le Bottin Mondain de 2010, page 1842 ou de 2020 page 191.
  5. 5 | Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion:Famille_du_Puy-Montbrun
  6. 6 | Voir page 918 : https://www.geneanet.org/archives/ouvrages/?action=detail&livre_id=10170351&page=920&book_type=livre&search_type=livre&tk=06907539d57239c0 (Réservé aux abonnés).
  7. 7 | Voir : https://books.google.fr/books?id=bJhAAAAAcAAJ&pg=PA325&f=false#v=onepage&q&f=false.
  8. 8 | Voir : https://books.google.fr/books?id=bJhAAAAAcAAJ&pg=PA329&f=false#v=onepage&q&f=false.
  9. 9 | Voir comment sont écrits le noms dans sa liste des Honneurs de la Cour vers le bas de page : Puy-Montbrun, marquis du Puy-Melgueil, vicomte : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k36578b/f320.image.r=.langFR.
  10. 10 | Loi du 6 fructidor an II (23 août 1794).